La peste ou le choléra ?

Au Proche-Orient, les peuples et les individus n’ont de choix qu’entre la peste et le choléra.

Préférez vous la Shariaa ou la Dictature ?

Bachar al Assad ou les Qaida-Salafistes ?

Les Frères Musulmans ou l’Armée ?

Les armes chimiques ou l’intervention américaine ?

Ca avait commencé en Irak par le choix entre Saddam et les voitures piégées, entre l’occupation israélienne ou le Hezbollah

Pas drôle du tout

Palestine

Le 29 novembre 2012, la Palestine était reconnue par l’ONU comme Etat. Que de temps et de vies perdus depuis le vote par l’ONU du plan de partage en 1947. Que d’incurie des Etats arabes durant ces 65 ans. Que de résolutions de l’ONU piétinées. Que de reniement par Israël des principes moraux élémentaires. Combien de temps encore avant que les réfugiés ne reviennent, que les terres et les maisons spoliées ne soient restituées, que la libre circulation des hommes, dans la paix, ne soit garantie.

Croissances

 
 

Islam et liberté

L’Islam est-il compatible avec la démocratie, la liberté de pensée, de croyance et d’expression, la laïcité, l’égalité de droits entre hommes et femmes…? La réalité du monde musulman d’aujourd’hui a de quoi désespérer sur les chances que cette compatibilité puisse exister. Pourtant, la Chrétienneté a donné au monde durant de nombreux siècles le même sentiment de désespoir, avec l’inquisition et les bûchers, l’inégalité des droits des femmes, la criminalisation de l’hérésie, de l’homosexualité, de la contestation du pouvoir politique « de droit divin ». Cela n’a pas empêché le monde chrétien d’évoluer. Pourquoi n’en serait-il pas de même du monde musulman ?

A ceux qui prétendent que cela ne serait pas possible en raison de ce qui est écrit dans le Coran, rappelons que les écritures du Coran ne sont ni plus ni moins misogynes ou belliqueuses que celles de la Bible, Torah des Juifs et Ancien Testament des Chrétiens. Un autre Islam peut exister. Il a même déjà existé, comme entre le 8ème et le 10ème siècle, avec les Mu’tazala qui avaient développé une pensée progressiste, ouvrant la voie à de brillants philosophes éclairés tels al-Farabi, Ibn Sina, Ibn Rushd, al-Ghazali, Ibn Tufail… Plus près de nous, la Turquie d’Ataturk et la Tunisie de Bourguiba ont été des exemples de laïcité et d’émancipation des femmes.

Les Mu’tazala pensaient que l’essence de l’Islam résidait dans deux principes simples et amplement suffisants : le monothéisme et la justice, que le reste de la doctrine est affaire de contingence, que le libre arbitre est le moyen de choisir sa voie et de bien se comporter. Ils défendaient l’idée qu’en cas de contradiction entre le discernement naturel entre le bien et le mal et la révélation, il faut interpréter la révélation à la lumière de la raison.

Une telle pensée peut dominer à nouveau dans l’esprit des croyants. Elle le peut si et seulement si le Politique en décide ainsi. Car ce ne sont pas les querelles théologiques qui font évoluer les religions, mais les avancées sociales, culturelles et économiques et leur prise en compte par le politique. Il faut pour cela un minimum de stabilité et de bien-être dans le monde musulman, une dynamique de développement et de progrès et non plus, comme c’est hélas encore le cas actuellement, une dynamique de réaction contre les injustices, si nombreuses et si diverses, que subissent les peuples concernés.

Mégalomania

La rente pétrolière captée par les Etats producteurs et les familles qui les gouvernent pourrait, en l’espace de deux décennies, hisser les peuples arabes de plusieurs crans sur les échelles scientifique, technologique, industrielle, culturelle, de niveau de vie. Elle est trop souvent hélas utilisée pour se payer des joujous mégalomaniaques.

La « grande rivière artificielle » libyenne puise l’eau dans des nappes profondes non renouvelables à Kufra, Jaghboub, Ghadames et dans le Fezzan pour l’acheminer vers les villes côtières, à un prix excédant celui du désalement de l’eau de mer. Les nappes seront bientôt épuisées.

Dubaï a construit des dizaines de gratte-ciel sans raison économique; une piste de ski sous climat désertique; des développements immobiliers sur des remblais en mer comme si les terres manquaient.. sur terre.

Le Qatar se lance dans une entreprise de développement mondialisée fondée sur l’achat à l’étranger de sources de rente nouvelles : agricole comme en Australie, immobilière dans les grandes capitales occidentales, économiques par des participations au capital de grandes entreprises internationales, spéculatives comme les clubs de football et les courses de chevaux. Au bénéfice de quoi, de qui ?

Révolutions arabes

Les révolutions arabes commencent à modifier la géographie politique du monde arabe. Elles ont conduit, dans un premier temps, à une redistribution des forces entre deux puissants pôles : D’une part, la confrérie des Frères Musulmans qui avait pris le pouvoir en Egypte et consolidé ses positions en Palestine (Hamas, Djihad), en Syrie (coeur de la rebellion contre Assad)  et en Jordanie (coeur de l’opposition). Son essor a été soutenu de plus en plus ouvertement, sans doute avec la bénédiction des Etats-Unis, par la puissance financière du Qatar qui a tenté de l’étendre aussi vers la Libye et la Tunisie. Face à ce mouvement, l’axe animé par l’Iran avec ses connections avec les pouvoirs irakien et syrien, les oppositions bahreinie et saoudienne, et le Hezbollah libanais.

Un vent contraire est venu souffler sur ce « Printemps des Frères » en 2013. L’Arabie Saoudite et pratiquement tous les pays de la Ligue Arabe ont soutenu le coup de force de l’armée égyptienne contre le président élu Morsi et sa confrérie. Un scénario qui rappelle l’Algérie du début des années 1990. De même, les élections tunisiennes ont tourné la page de l’islamisme politique en portant les laïcs au pouvoir, renouant avec la tradition d’ouverture de ce pays.

Dans le même temps cependant, d’autres islamistes radicaux ont pris le dessus au nord de l’Irak et de la Syrie, sous une bannière nouvelle, celle du « Califat islamique en Irak et dans les contrées de Cham ». Une nébuleuse formée d’anciens baassistes irakiens, de salafistes irakiens et syriens, de tchétchènes, et de jeunes écervelés occidentaux attirés par les armes qui brillent. Encore plus féroces que les Talibans, ces nouveaux islamistes jouent une sorte de va-tout sans horizon raisonnablement convaincant. La situation n’est guère plus brillante en Libye, à la seule différence que les islamistes libyens, tout aussi radicaux, y sont divisés à l’image du pays tout entier.

Les cartes de la révolution arabe continuent ainsi à être rebattues. Mais les foyers d’instabilité sont désormais circonscrits dans deux zones géographiques: le croissant fertile et le couloir Touareg avec sa base arrière libyenne. Attendons que la marmite finisse son bouillonnement pour observer le résultat de cette phase particulièrement dangereuse.

1er janvier 2015